Yamaha 450 WR-F Jeff Goblet. J’veux la même !

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Avoir l'opportunité de tester la moto du champion de Belgique d'enduro en titre, c'est une belle occasion qui ne se refuse pas, si en plus ce champion est aussi actuellement parmi les 10 meilleurs pilotes mondiaux en catégorie reine, cela devient un privilège !

Une moto évoluant à ce niveau ne peut être que proche de la perfection, ou au moins de ce qui relève de la perfection pour un pilote d'enduro de haut niveau. Pas de place à l'approximation sur la moto de Jeff Goblet, notre top pilote en mondial depuis quelques années déjà.

 

Faire fi des appréhensions

Cependant, ce niveau sportif forme un tout et si la machine y tient une place importante, le talent et la condition physique du pilote sont dans cette discipline au moins aussi prépondérants. Et dans le cas du journaliste essayeur lambda que je représente modestement, les deux facteurs ne sont même pas à mettre en comparaison avec ceux de Jeff. Dès lors, j'avoue que j'abordais cet essai avec circonspection et l'inquiétude de ne pas être au niveau de la moto présentée.

Si une moto d'enduro de 450cc au plus haut niveau ne dépasse pas de plus de 20% la puissance d'une machine de série, les suspensions, la géométrie et la façon dont est délivrée la puissance peuvent être des éléments très exclusifs, difficiles à dompter pour un pilote moyen.

C'est donc avec ces quelques appréhensions que j'ai pris possession de la Yamaha de Jeff, à son domicile (sur la commune Jalhay où il réside avec son épouse Sophie et son tout jeune fils Sacha). Au premier abord, rien de très spectaculaire sur cette machine qui semble proche de la série, mais rapidement l'œil averti discerne de nombreux détails qui font la différence. La liste est longue mais c'est un plaisir que d'analyser visuellement cette Yamaha 450 WRF.

 

Prépa «Manitou»

La préparation de la machine officielle de Yamaha Belgique – D'Ieteren Sport est confiée à Philippe Blondiau, patron de la concession Motocross Action à Mons. Très expérimenté, celui que l'on surnomme affectueusement «le Manitou», a préparé pléthore de motos victorieuses notamment avec Bernard «Max» Magain, Patrick Debroux, Eric Piraux et bien d'autres… En fait, bien plus de 50 titres nationaux toutes catégories confondues depuis quinze ans!

Arborant fièrement le numéro de course sur fond rouge du championnat du monde, la Yamaha WRF bleue au cadre aluminium est équipée du réservoir, des ouïes de radiateur et du garde-boue avant du modèle YZF de cross 2009, ainsi que d'un garde-boue arrière Polisport à feu LED. Cela confère à la moto une silhouette plus svelte et accentue évidemment sa maniabilité. Jeff insiste sur ce point qui est essentiel pour lui: il désire une moto compacte et maniable, qui correspond à son type de pilotage issu du trial. Pour accroître cela, Philippe Blondiau a modifié les carters moteurs pour permettre l'ablation du démarreur électrique, et donc de la batterie et de quelques accessoires inutiles pour un démarrage à l'ancienne. Le poste de pilotage accueille un guidon Renthal Twin Wall 996 et des poignées Renthal Kevlar, le tout derrière des protège-mains Polisport Free Flow Lite. Pour l'efficacité pure, la partie cycle est équipée du meilleur selon Jeff: les suspensions semi-usine Kayaba. Pour compléter ce tableau, des disques de frein Moto Master  (surdimensionné à l'avant) et équipés de plaquettes SBS. Les pneus sont des Dunlop Geomax et ils sont évidemment équipés des nouvelles mousses de la marque. En ce qui concerne la motorisation, Motocross Action a gardé le moteur stock mais a réalisé un ajustage et un équilibrage parfait aux cotes usines. L'échappement est une ligne LeoVince dont le niveau sonore respecte évidemment les prescriptions enduro.

 

Assez tourné autour du pot…

En selle, la WRF ne surprend pas, la position n'a rien d'extrême et les commandes correspondent assez aux réglages standards que j'utilise personnellement. Le kick ébroue le bloc au premier essai et la prise en main me surprend par sa facilité, mais il ne s'agit d'abord que d'évolutions à basse vitesse pour les besoins des photos.

Pourtant, déjà, je constate que la Yamaha est en effet très compacte et ramassée, les commandes sont douces mais également fort efficaces, aucun jeu et des verrouillages francs lors de la sélection. Le freinage est parfaitement dosable mais plus puissant que l'origine. Après la séance de prise d'images, je peux enfin emmener la jolie bleue sur un parcours purement enduro que je connais bien et qui alterne chemins rapides, sentiers sinueux et glissants, grandes zones empierrées et franchissements plus techniques. Une chose se confirme et me rassure: la facilité surprenante de cette WRF: le moteur est puissant, mais il distille une motricité exemplaire et il est très aisé d'aller vite sans se faire peur, les grands «coups de raquette» ne sont pas au programme. Et pourtant le moteur est vif et répond même sèchement à la poignée des gaz. Lors des évolutions à basse vitesse on pourrait craindre que cette vivacité déséquilibre la moto mais il n'en est rien. En fait, la 450 WRF dispose d'un caractère moteur qui n'est pas sans rappeler un deux temps! Il faut noter aussi que cette 450 (toujours à carbu, rappelons-le) peut se targuer de réglages de carburation impeccables et éliminant toute hésitation à la remise de gaz. Les vibrations sont aussi quasi inexistantes.

 

Le kit suspensions que chacun devrait pouvoir s'offrir

Le plus époustouflant pour un pilote habitué à une partie-cycle stock est cependant le comportement des suspensions semi-usine, et si je craignais le feeling «bout de bois» pour pilotes hyperaffûtés (comme c'est le cas en cross), j'avais tout faux! Je suis séduit par la facilité et l'efficacité des composants de cette moto. Jeff m'avait rassuré en m'expliquant qu'il aimait une machine reposante à piloter tout un week-end de Grand Prix et je comprends mieux maintenant…

Sur les portions défoncées de mon parcours d'essai, la moto semble surfer comme une Cadillac sur les pierres et les trous, mais lorsqu'on désire éviter un caillou, la Yamaha réagit immédiatement et avec une parfaite précision. En franchissement, les Dunlop restent collés à la terre glissante et aux pierres humides, que demander de plus? En fait, ce kit fourche-amortisseur procure la facilité d'un réglage souple et la rigueur d'un setting beaucoup plus ferme, sans compromis. Il est évident aussi que mettre au point une suspension de qualité demande du talent et des connaissances de la part du pilote et de son mécano qui doivent pouvoir analyser les réactions de la moto et bien communiquer entre eux. Je suis malgré tout convaincu qu'en enduro, la plupart des pilotes ont beaucoup plus à gagner avec des suspensions au top qu'avec un surcroît de puissance, et les résultats de Jeff confirment cela. Notre champion de Belgique avoue même qu'il considère sa moto presque trop puissante pour lui: il veut toujours pouvoir dominer sa monture, même lors de longues spéciales éprouvantes.

 

Est-elle à vendre?

C'est donc vraiment sous le charme et presque un peu déçu que j'ai rendu la Yamaha WRF 450 à son pilote. Je ne lui ai pas trouvé de défaut, au contraire elle a su se montrer suffisamment docile pour se faire apprécier par un pilote très moyen. Pouvoir se battre pour le top 5 au mondial et en même temps convenir parfaitement à la randonnée, qui dit mieux en termes de polyvalence?