Roméo Fiorentino: relève assurée!

Actualités Sports Julien Lahaye
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Pilote belge le plus titré au Superbiker, Frédéric Fiorentino a marqué à jamais l’épreuve namuroise de son empreinte. Aujourd’hui, le nom de Fiorentino circule toujours dans les paddocks. Cependant, l’homme au centre de toutes les attentions ne se prénomme plus Frédéric mais Roméo!

Discipline hybride mêlant terre et asphalte et apparue aux États-Unis fin des années 70, le Supermotard séduit rapidement les pilotes issus de tous les horizons de la moto. Flairant le bon coup, le Superbiker de Mettet est créé dès l’apparition du Supermotard en Europe, avec une première édition en 1987.

Il faudra attendre le début des années 90 pour voir l’épreuve se muer en un événement grand public et devenir incontournable au calendrier. De nombreux pilotes font le déplacement pour tenter d’inscrire leur nom au palmarès de l’épreuve et l’édition 2002 avec la première victoire de Frédéric Fiorentino restera, pour beaucoup, dans les mémoires comme l'un des plus beaux Superbiker.

Une époque pas si lointaine, dont se souvient le héros de Mettet, non sans une pointe de nostalgie dans la voix. «Lors de mes débuts en Supermotard, que l'on appelle aujourd'hui Supermoto, personne ne pouvait me dire quelle pression était la plus adaptée pour les pneus. Nous roulions avec des gommes très retaillées… En fait, on se débrouillait avec ce qu’on avait sous la main, en faisant de notre mieux!

Notre style de pilotage était également tout à fait différent. Certainement plus spectaculaire, ce qui a probablement contribué au succès de l’épreuve, mais en définitive, nous étions moins rapides. Aujourd’hui, les motos ont énormément évolué, elles sont devenues plus légères et plus performantes. Les suspensions, les systèmes de freinage, les quickshifters… tout cela a contribué au développement de la discipline.»

Père et fils

Frédéric Fiorentino ayant mis un terme à sa carrière de pilote en 2008, c’est aujourd’hui à son fils Roméo qu’il incombe de perpétuer la tradition familiale. Âgé de 19 ans, Roméo a passé son enfance bercé par la douce mélodie des monocylindres. Piqué par le virus dès son plus jeune âge, il n’aura pas attendu bien longtemps avant de se mettre à la moto et il fera ses débuts en cross.

Les chiens ne faisant pas des chats, il s’essaiera rapidement, sur les conseils de son père, à la Supermoto. Pour l’occasion, Roméo hérite d’une 450cc avec laquelle il effectue ses premiers tours de roue, en 2016, lors des Trackdays hivernaux organisés par le Rumesm. «Mes débuts furent assez compliqués. Il m’a fallu apprendre à maîtriser cette puissance, avec de nombreuses chutes à la clé mais cela ne m’a pas découragé. Finalement, je m’y suis fait assez rapidement et j’ai vite pris du plaisir sur la moto.»

Roméo participe alors au Championnat de Belgique, catégorie Débutants, et montera les échelons pour devenir champion de Belgique Euro-Nationaux en cette année 2019. Il contribuera également à la superbe seconde place récoltée par notre équipe junior au Supermoto des Nations! Il faut dire que malgré son jeune âge, Roméo se montre extrêmement lucide et sait se donner les moyens d’arriver à ses fins.

Élève assidu de la Fiostar Shool, il bénéficie d’un encadrement de qualité et se voit désormais reconnu Espoir Sportif International par l’Adeps. Roméo met également un point d’honneur à parfaire sa condition physique, un élément indispensable afin de performer dans cette discipline hyperexigeante.

Se faire un prénom

Porter un nom connu n’est pas simple tous les jours. Que l’on s’appelle Fiorentino, Chambon, Everts ou Dunlop… les attentes du public sont là et beaucoup voient ces «fils de» comme des privilégiés nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Ce qui est loin d’être le cas. Bien entendu, Roméo bénéficie d’un entourage qualifié ; évidemment, il profite de l’expérience de son père, mais cela ne suffit pas à construire une carrière.

La cohabitation entre les deux Fio fut d’ailleurs mise à mal lors des débuts de Roméo. «Beaucoup de gens pensent qu’avoir un père pilote constitue un gros avantage. Je n’en suis pas aussi sûr!», nous confie Fred. Une affirmation confirmée par le fiston: «Au début, ce fut assez compliqué entre nous. Je sais que ça partait d’un bon sentiment mais je ne comprenais pas forcément ce qu’il me disait. Pour lui, tout semblait logique et facile, il s’énervait beaucoup et cela n’était pas productif. Mon père a brillé dans la discipline, je ne voulais pas le décevoir en me montrant à la hauteur de sa réputation. Il me le faisait d’ailleurs fortement ressentir!»

Ayant pris conscience de son attitude, Fred avoue avoir beaucoup travaillé sur lui-même ces derniers temps et mettre tout en œuvre afin de se montrer moins oppressant. «Nous n’avons pas du tout le même style de pilotage. Roméo se montre beaucoup plus coulé et plus fluide que moi. Il parvient à garder beaucoup de vitesse en courbe. Comparativement, j'étais beaucoup plus "à l’arrache". C’était l’ancienne technique de pilotage…

Les temps ont changé. Aujourd’hui, on glisse beaucoup moins, les pilotes passent bien plus vite en virage. À présent, je comprends nos différences. Je lui laisse le soin de définir ses propres réglages et ses choix de pneus. Bien entendu, je peux le conseiller. Mais je ne lui impose plus mes choix. Nous avons d’ailleurs remarqué un gros changement cette année, Roméo se révèle beaucoup plus serein, notre entente n’en est que meilleure et ses résultats également!

Sur la bonne voie

Blessé l’an passé à la clavicule, Roméo avait dû se contenter de la demi-finale du Superbiker. Il revenait donc cette année bien décidé à accéder au graal que tout pilote de Supermoto recherche en venant à Mettet: la finale! Les hostilités débutèrent le vendredi matin pour les premiers essais libres. Serein, Roméo ne tarda pas à entrer dans le rythme, signant d’emblée le 5e temps de sa série, l’une des plus relevées puisqu’elle comptait, parmi les engagés, un certain Jannik Hintz, le Champion d’Europe junior en titre!

Tous les pilotes vous le diront, rouler au Superbiker est indéfinissable. Et Roméo abonde en ce sens! «J’ai beaucoup roulé sur le circuit permanent mais je ne l’apprécie pas vraiment. Le tracé du Superbiker, par contre, est vraiment à part. La proximité des spectateurs, l’atmosphère, les pilotes de prestige, le tracé magnifique avec sa belle partie terre…  On ne retrouve ça nulle part ailleurs!» Les choses se poursuivirent dans la bonne direction avec un 4e temps lors des essais qualificatifs suivi d’un 6e chrono lors du dernier run de la journée, et ce malgré quelques soucis techniques.

De beaux résultats qui lui permirent d’être en première ligne lors des qualifications du samedi, puis de se qualifier pour les demi-finales. 28e sur la grille, Roméo assura une belle remontée et revint rapidement dans les échappements de Nicolas Charlier. Se sentant légèrement plus rapide et voulant augmenter sa marge de sécurité, Roméo haussa le rythme pour attaquer dans le virage N°1. Sa Husqvarna 450 FS ne fut pas de cet avis et décrocha, plaquant le jeune pilote à terre.

Loin de se laisser abattre, il reprit la piste bien décidé à effacer cette bévue mais commit une nouvelle erreur… au même endroit et vit toute chance de qualification pour la finale s’échapper définitivement. «Je termine ce Superbiker en 28e position de ma demi-finale et vous m'en voyez extrêmement frustré. Si je m’étais montré plus attentif et un peu moins gourmand, ça aurait pu se terminer autrement… Mais après avoir parlé avec mes amis pilotes et à mon père, tout cela est retombé et j’ai pu digérer ma déception. Je reviendrai l’an prochain en gardant le même objectif: atteindre la finale et y signer un beau résultat!» Bien que n’ayant pu obtenir le résultat escompté, Roméo put se consoler lors de la fameuse Course à l’américaine disputée face aux meilleurs pilotes du plateau.

«Cette course restera à jamais gravée dans ma mémoire. Je n’avais jamais ressenti de telles émotions… J’ai vraiment perçu le soutien du public, c’était exceptionnel. En temps normal, il me faut un à deux tours pour rentrer dans ma course. Mais avec ce format, tu n’as pas le choix, tu dois donner le meilleur dès le départ! Courir contre Schmidt, Chareyre et tous ces pilotes de renommée mondiale fut une expérience inoubliable. Je l’ai vécue à fond et j’ai tout donné. J’ai pu communier avec le public en bord de piste et ça n’a pas de prix! Je reviendrai l’an prochain, c’est sûr!»