Honda VT 750 S, Harley-Nippone.

Essais Motos Christophe Jardon
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Dans le top 5 des catégories de motos les plus vendues en 2010 les « choppers » sont en progression. Une progression timide mais réelle, qui concerne surtout les choppers faciles pour tout le monde, et même pour tous les jours. Honda nous en offre un bel exemple avec sa VT 750 S.

Elle a le moteur et la plupart des éléments châssis d’une «Shadow». La VT 750 S n’appartient toutefois pas à la célèbre famille des choppers Honda. Peu importe. Son style ne laisse planer aucun doute. Ou plutôt si. Et pas un petit: cette Honda a un furieux air de Harley-Davidson 883, la plus abordable et la plus facile à manipuler des productions de Milwaukee. 
La VT 750 S est venue compléter la gamme Honda en 2010, avec  une «mission» bien définie: «satisfaire une grande variété de clients, débutants ou motards confirmés, qui cherchent une moto polyvalente, à l’aise au quotidien comme pour les sorties du week-end.» Le tout en reprenant les codes qui caractérisent les citadines européennes. Un beau programme pour une japonaise qui singe une américaine.  

Belle et basique

Esthétiquement, outre les coloris assez tristes de notre machine d’essai, on ne note qu’une légère faute de goût au niveau du réservoir, aux lignes et aux dimensions moins harmonieuse que sur la Harley. Le reste est plutôt réussi, avec des chromes valorisants, des échappements superposés au style très US, de belles jantes à rayons (19 pouces à l’avant, 16 à l’arrière) et un mignon petit phare rond surplombé par l’unique cadran du tableau de bord. Un tableau de bord très succinct, à l’image de l’ensemble des aspects pratiques proposés par cette VT 750. Même l’emplacement du contacteur (situé derrière les cylindres, côté gauche) a subi l’influence des machines américaines, avec les conséquences désastreuses que cela implique sur la manipulation de l’antivol au guidon: il s’active directement depuis la colonne de direction. Vous avez dit minimaliste? Techniquement aussi, la VT 750 S paraît bien pauvre: frein avant simple disque et étrier deux pistons, frein arrière à tambour (le tout sans ABS), bras oscillant et amortisseurs arrière basiques, transmission par chaîne (alors que les Shadow bénéficient d’un cardan)…

Heureusement, le moteur bicylindre en V à 52° de 745cc est doté d’un refroidissement liquide et d’une alimentation par injection. Il développe 43,8ch à 5.500tr/min et 62Nm à 3.250tr/min. Il est accouplé à une boîte de vitesses «à cinq rapports courts qui sont synonymes d’accélérations instantanées et excitantes partout sur la plage de régime», annonce le dossier de presse. 

Chopper-roadster?

Pas de quoi s’affoler pour autant. Ces accélérations n’ont rien de foudroyant. Les ingénieurs ont planché sur une «sensation de puissance facilement contrôlable et volontairement concentrée sur les bas et moyens régimes.» Il en résulte une prise en main d’une grande facilité, bien aidée par une position de conduite agréable et rassurante. Malgré son style et ses lignes purement choppers, la VT 750 S offre une position de conduite plutôt typée roadster, assez droite, voire légèrement penchée sur l’avant, avec des repose-pieds en position centrale. Cette petite ambiguïté, c’est ce qui fait une grande partie de son charme. 

Comme prévu, l’assise est basse (750mm de hauteur de selle), le guidon pas trop large. L’ensemble paraît fin entre les jambes, et même léger malgré ses 232kg tous pleins faits. Il s’en dégage une agréable sensation d’agilité et de réactivité qui se confirme dès les premiers tours de roues. L’empattement court n’y est pas étranger. Un chopper qui rivalise avec les scooters en termes de maniabilité et de capacité à passer au travers des problèmes de circulation urbains, voilà la recette magique de la petite Honda. On prend un plaisir non dissimulé à se faufiler entre les voitures ou à se glisser dans le moindre petit espace pour éviter les nombreux trous qui fleurissent sur notre réseau routier. Car il est préférable de ne pas tendre trop de pièges aux amortisseurs arrière, aussi limités en débattement qu’en capacité d’absorption des chocs. 

Taillé pour la ville?

Heureusement, la fourche fait preuve d’une belle progressivité. Quant aux freins, il ne faut pas non plus trop leur en demander, même s’ils remplissent leur mission avec bravoure tant qu’on reste dans les limites de la machine. Veillez juste à vous en souvenir s’il vous prend l’idée de descendre un col à allure sportive avec une VT 750 S… Une idée d’autant plus saugrenue qu’avec sa garde au sol limitée, le roadster-chopper Honda risquera de laisser pas mal de métal dans la bagarre, différents éléments du châssis raclant le sol en cas de prise d’angle un peu généreuse. Dommage, car la VT tient plutôt bien la route et montre une rigidité rassurante. Comme on le voit, la VT perd quelque peu de sa superbe quand elle sort de la ville ou de la balade gentille.

Et si elle supporte sans problème un peu d’autoroute, c’est surtout à petite dose, et sans proposer la moindre protection aérodynamique à son pilote. Les performances sont pourtant honorables, avec un petit 170km/h compteur en pointe et un moteur suffisamment vivant pour garantir d’agréables sensations. Comme quoi, le dossier de presse ne mentait pas: les rapports courts permettent de bénéficier d’accélérations et de reprises intéressantes, même s’ils imposent de nombreux changements de vitesses. 

Mis à part des freins et des suspensions peu convaincants ainsi qu’une garde au sol limitée, la VT 750 S ne partage pas beaucoup de sensations de conduite avec le modèle dont elle s’inspire, la H-D XR 883. Très peu de vibrations, une position de conduite plus naturelle, un moteur plus vif, la Honda est surtout plus facile d’accès, grâce notamment à un moteur plus souple. Elle a surtout su ajouter deux cordes à son arc, et non des moindres. Non seulement elle se donne des airs de roadsters, mais elle joue également dans la cour des scooters avec sa grande aisance en ville. Le tout en gardant un tarif particulièrement intéressant (6.990€). Il ne lui manque que des aspects pratiques un peu plus poussés… et l’âme d’une «vraie» Harley.