Rencontre avec Amélie Triffet & Lorenz Luciano: dans le bon wagon

Actualités Sports Julien Lahaye
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Pour contrer l’hégémonie des pilotes en provenance d’Espagne et d’Italie, Dorna, le promoteur du MotoGP, a mis sur pied une nouvelle compétition visant à déceler les meilleurs talents nord-européens: la Northern Talent Cup. Amélie Triffet et Lorenz Luciano y représenteront nos couleurs au sein du Team Junior Black Knights. Rencontre avec ces jeunes prodiges du guidon.

Issu d’une famille passionnée par les sports mécaniques, Lorenz Luciano a rapidement pris goût à cet univers si particulier. Ses parents étant adeptes de rallye automobile, rien ne le prédestinait pourtant à devenir un as de la moto. Cette passion, Lorenz la doit au légendaire Valentino Rossi. «Un jour, alors que je regardais la télévision, je suis tombé sur un Grand Prix MotoGP. Ce fut une révélation! Tous les pilotes m’ont impressionné par la vitesse et l’angle qu’ils prenaient dans les virages. Je voulais être à leur place! Mais c’est véritablement Valentino Rossi qui m’a marqué le plus.»

L’entourage de Lorenz remarque immédiatement ses aptitudes pour la moto. Piqué par le virus, Lorenz fera ses classes chez Mini-Race, puis chez 2Race pour ensuite s’exporter en Championnat de France pré-Moto3 sous le numéro 81, en hommage à son grand-père.

Amélie a elle aussi grandi dans l’ambiance si particulière des paddocks. Elle tombe également très tôt dans la marmite mais devra toutefois patienter jusqu’à ses 7 ans avant de se voir offrir l’objet de ses rêves: une petite 50cc, avec laquelle elle prendra ses marques sur l’asphalte des paddocks avant de disputer sa toute première course, à Bilstain.

Après ses premières faits d'armes, Amélie se voit confrontée à la réalité belge: les circuits manquent cruellement dans notre pays. Elle décide donc de s’exporter en France et s’engage, tout comme Lorenz, en championnat pré-Moto3. L’un de ses meilleurs souvenirs! «Lorsque je suis arrivée en championnat de France, j’ai pu accéder aux plus beaux circuits du pays. Je pense notamment au Mans. Pouvoir emprunter le même tracé que les pilotes de MotoGP était un véritable rêve. Ce fut un moment grandiose qui restera à jamais gravé en moi». Confortée dans son choix, Amélie se dirige ensuite vers la CBR 500 Cup avant de se tourner vers la Women’s Cup.

Vie «presque» normale

Mener une telle vie en étant adolescent implique bien entendu de nombreux sacrifices mais aussi une organisation quasiment militaire. En effet, en plus de leurs séances d'entraînement et de leurs nombreux déplacements, nos deux jeunes pilotes restent soumis à leurs obligations scolaires.

C’est d’ailleurs un point non négociable sur lequel les parents des deux pilotes restent, à raison, intransigeants. «Le discours de mon père a toujours été très clair: l’école passe avant tout le reste! La vie de pilote réserve beaucoup d’inconnues. Une carrière peut prendre fin très vite, j’en suis bien conscient. Dès lors, disposer d’un bagage scolaire me permettant de rebondir s’avère indispensable», explique Lorenz. «Je reste assez discret sur ma vie de pilote. Seuls mes amis proches sont au courant de mes activités extrascolaires. Bien entendu, ce style de vie m’impose un rythme assez différent de celui de mes camarades de classe mais je m’attèle à rattraper mon retard lors des heures d’étude ou durant les récréations. La direction de l’école accepte la situation pour autant que mes absences soient justifiées. Pour la saison 2020, les déplacements seront encore plus nombreux mais je conserverai la même approche, en travaillant encore davantage.»

Amélie garde, elle aussi, les pieds sur terre et s’attèle à combiner obligations et passion. «La direction est au courant de mes activités. Étant reconnue espoir sportif par l’Adeps, cela me permet de bénéficier d’une certaine tolérance de la part de mes enseignants. Bien entendu, je me dois de rattraper mon retard afin de rester au même niveau que les autres élèves de ma classe. J’ai donc tendance à anticiper autant que possible. Lors des week-ends de course, il m’est assez difficile de me concentrer car je reste focalisée sur mon pilotage.»

Amélie rattrape donc son retard lors des trajets ou à la maison et profite de la trêve hivernale pour prendre un maximum d’avance. «Cela me permet d’être un peu plus relax lorsque la saison reprend et de garder une moyenne satisfaisante. Il est vrai que ma passion me prend beaucoup de temps, mais je connais une vie d’adolescente tout à fait normale. Ma vie ne se limite pas aux paddocks, j’aime sortir avec mes amis, aller au cinéma, faire du shopping… bref les mêmes choses que les filles de mon âge! Mes amis savent que je pilote et ils me soutiennent beaucoup. C’est agréable de pouvoir compter sur eux.»

Girl power

Bien que les mentalités évoluent, la moto reste un monde pour le moins macho et beaucoup de pilotes n’apprécient que moyennement de voir une jeune fille de 17 ans leur faire l’intérieur.

«À force de sillonner les circuits, j’ai pu remarquer que beaucoup de garçons ont du mal à digérer de se faire dépasser par une femme. Nombreux sont ceux qui ne m’adressent plus la parole ou qui ne me saluent même plus. Mais ce n’est absolument pas un problème pour moi. Lorsque j’entre en piste, seul le chronomètre compte. Il est clair que beaucoup semblent l’avoir mauvaise mais tout cela se passe dans le respect. Les dragueurs sont donc plutôt rares mais il arrive parfois que certains soient plus intéressés par moi que par le développement de leurs compétences en pilotage. Toutefois, ce genre de chose reste assez anecdotique. Lors d’un week-end de course, nous sommes tous concentrés sur nos objectifs.»

Amélie sera d’ailleurs la seule femme engagée en Northern Talent Cup pour cette première saison, ce qui ne manquera pas de susciter l’intérêt des médias. «Je suis consciente que l’attention médiatique se portera en partie sur moi, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Obtenir de la visibilité est toujours bon vis à vis des sponsors. Bien entendu, il n’est pas toujours facile de trouver du temps à accorder aux journalistes, mais ça fait partie du jeu.»

Reconnaissance

«Voir mon fils accéder à un tel niveau de compétition constitue une grande fierté. Mais c’est également un soulagement», clame Tony Luciano, le père de Lorenz. «Se retrouver seul sur une grille de départ, préparer la moto, partir en déplacement, assumer les coûts… tout cela est assez difficile à vivre. Aujourd’hui, je suis vraiment heureux de pouvoir m’appuyer sur un entourage professionnel. C’est une grande aide, tant financière que morale».

Car oui, pratiquer la moto en compétition s’avère onéreux. Et dès que l’on grimpe de quelques catégories, les coûts explosent de façon exponentielle! Manquant jusqu’à présent cruellement d’appuis, les jeunes pilotes belges se retrouvaient livrés à eux-mêmes. Et dans ce cas, seul l’entourage proche peut intervenir. Déplacements, achat des motos et des équipements, mécanique, réparations, journées d’entraînement… «Je suis tout à fait consciente des sacrifices consentis par mon père et je ne l’en remercierai jamais assez. Le coût d’une saison en Women’s Cup approche les 10.000€, ce n’est pas rien. Mon père travaille énormément pour payer les entraînements, les motos, et les déplacements», déplore Amélie.

Les parents de nos jeunes talents accueillent donc à bras ouverts cette aide providentielle de la Belgian Motorcycle Academy. «Lorsque vous comptez l’achat de la moto, les pneus, les consommables, les frais d’inscription, les déplacements, les licences et les entraînements, la facture a de quoi faire peur», explique Olivier Triffet, le père d’Amélie. «Il nous est très difficile de convaincre les sponsors de nous apporter leur aide. Globalement, j'arrive à récolter 20% du budget de cette manière. Le reste vient de mon salaire.» Bien que le soutien apporté par l’Académie ne soit pas négligeable,

Amélie et Lorenz devront tout de même amener un budget personnel de plus de 5.000€, avec en prime une caution de 2.500€. Ils restent donc tous deux activement à la recherche de sponsors. Grâce à cette participation, nos deux pilotes bénéficieront à l’avenir d’une véritable structure professionnelle dédiée à leur encadrement. Il se verront ainsi épaulés par Michaël Vukcevic et Julien Rousselle pour la partie trial, Frédéric Fiorentino pour les cours de supermoto, motocross et dirt-track et Stéphane Mertens pour la vitesse pure. Xavier Siméon sera également présent en appui pour les disciplines vitesse et supermoto.

Northern Talent Cup

Suite à leur sélection au sein de la Belgian Motorcycle Academy, Amélie et Lorenz auront donc accès, dès cette année, à la Northern Talent Cup. Pour l’occasion, ces jeunes prodiges intègreront le Team Junior Black Knights, dirigé par Christophe Chantrain. Ils disputeront tous deux l'entièreté du championnat au guidon de KTM RC 250 .

Un changement de taille pour Amélie, désormais habituée à sa Yamaha R6. «Piloter une 600cc m’a familiarisée avec la vitesse. Une 250, beaucoup plus légère, me permettra d’entrer plus vite dans les virages et de retarder au maximum mes freinages. De plus, cette KTM RC 250 s’apparente assez fort à ce que Lorenz et moi avons connu en pré-Moto3. L’adaptation devrait donc se faire assez naturellement.» Au total, 7 manches sont au programme sur des circuits prestigieux tels que Assen, le Red Bull Ring, Brno ou encore Hockenheim.

Un véritable saut dans la cour des grands! «Je suis convaincu qu’intégrer cette académie et le Team Junior Black Knights nous apportera énormément de choses positives», explique Lorenz. «Nous bénéficierons d’un encadrement de qualité avec des coachs de renom, les entraînements seront plus fréquents et, bien entendu, l’aide financière et matérielle apportée par l’académie et par la Belgian Motorcycle Foundation nous seront d’une grand utilité. Ce championnat sera très relevé et je reste réaliste quant à mes objectifs. Je considère la première année comme l’occasion de me familiariser avec ce nouvel environnement de travail, mais aussi d’apprendre à connaître les circuits et la moto. Les résultats devront arriver dès le début de la deuxième saison

Road to MotoGP

Amis depuis leur enfance, nos deux jeunes pilotes ont fait leurs armes dans les mêmes classes et partagent un rêve commun: le MotoGP! «Accéder au MotoGP et y devenir la première femme pilote serait un véritable accomplissement pour moi», explique Amélie. «Peu de femmes arrivent à percer dans ce milieu et ce serait pour moi un honneur que de représenter les femmes du monde entier au plus haut niveau de compétition. J’admire pour cela Ana Carrasco, car elle a réussi l’exploit de remporter le championnat WorldSSP 300 devant tous les hommes, elle est vraiment impressionnante! Le monde de l’endurance m’attire également. J’ai eu l’occasion d’y goûter avec 2Race et j’ai beaucoup aimé l’esprit d’équipe propre à cette discipline. C’est donc une piste qui m'intéresse également, mais le chemin est encore long.»

De son côté, Lorenz vise également le plus haut niveau: «À terme, j’aimerais accéder au championnat du monde comme Barry Baltus l’a fait, puis au MotoGP. Mais chaque chose en son temps. Pour le moment, je reste concentré sur les deux années à venir afin d’y acquérir un maximum de connaissances. Une carrière se construit petit à petit, je compte donc gravir les échelons pas à pas tout en développant mes compétences. Nous verrons ensuite si d’autres opportunités se présentent. Quoi qu’il en soit, je suis vraiment heureux de vivre cette nouvelle phase aux côtés d’Amélie, nous nous connaissons depuis notre enfance et nous nous entendons très bien. C’est un réel plaisir de pouvoir partager cette belle aventure à ses côtés.»

Ces rêves d’adolescents restent encore aussi lointains qu’incertains. Cependant, nos deux pilotes viennent de franchir un étape de taille dans leur carrière. Pieds sur terre et tête dans la bulle, Amélie et Lorenz sont plus motivés que jamais à saisir cette belle opportunité et à ouvrir la voie à de nouveaux talents. La Belgique semble belle et bien remise sur les rails de la victoire et nos jeunes sont assurément dans le bon wagon!

La Belgian Motorcycle Academy

L’idée d’une école de pilotage pour jeunes talents belges trottait depuis un bon moment dans la tête de Freddy Tacheny et de son entourage. L’annonce de la création d’un nouveau championnat organisé par la Dorna et dédié à la détection de jeunes talents nord-européens fut le signal déclencheur: il était temps de mettre les choses en place. La Belgian Motorcycle Academy fut donc créée, en collaboration avec Zelos, Motorcycle Investment Group, le circuit Jules Tacheny, la FMWB et grâce au soutien de partenaires tels que Yamaha Belgique, Yamalube, Pirelli et Bihr. Afin de financer l’académie, Michel Wanty et Freddy Tacheny ont fondé la Belgian Motorcycle Foundation, abritée au sein de la Fondation Roi Baudouin. Dès lors, il sera possible de contribuer financièrement au développement de nos talents nationaux via cette fondation. Bon à savoir: les dons seront entièrement déductibles! Envie d’en apprendre plus sur la Belgian Motorcycle Academy? Consultez notre site web moto80.be et le reportage effectué suite à la conférence de presse.

Comment participer aux sélections?

Pour pouvoir vous inscrire aux sélections en vue d’intégrer l’Académie, vous devez avoir entre 7 et 14 ans, être de nationalité belge et en possession d’une licence annuelle délivrée par la FMWB. À partir de 11 ans, le dossier de candidature doit être accompagné d’un CV sportif. Le montant de l’inscription s’élève à 2.500€ et couvre l’encadrement, la mise à disposition de différents types de motos, les cours, l’équipement complet, les instructeurs et l’accès à différents circuits. Une caution de 2.000€ par an sera également demandée afin d’engager les pilotes sélectionnés à suivre les directives imposées en termes de comportement et d’attitude. Les candidats peuvent envoyer leur dossier à l’adresse mail belgianmotorcycleacademy@gmail.com. Plusieurs journées de sélection comptant notamment une évaluation physique et psychologique seront organisées. La prochaine est fixée au 25 mars 2020.